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Douleur et anxiété : le lien que les soignants ne doivent pas ignorer

  • Photo du rédacteur: Geoffrey Delas
    Geoffrey Delas
  • 18 mars
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 20 avr.

Par Geoffrey Delas, kinésithérapeute, ostéopathe, co-fondateur d'Handflow.


"J'ai mal, mais on ne trouve rien aux examens"

Cette phrase, je l'entends chaque jour en cabinet. Des douleurs persistantes, qui bougent, qui résistent aux traitements habituels, sans lésion identifiable à l'imagerie. Longtemps, je cherchais la cause biomécanique. Aujourd'hui, je me pose souvent la question : est-ce que d'autres facteurs tels que l'anxiété ou le stress ne pourraient pas influencer les souffrances de mon patient ?

Ce n'est pas une intuition. C'est ce que la recherche confirme de plus en plus clairement. Pour mieux comprendre ce qu'est le stress et ses manifestations physiques, il est utile de revenir à ses mécanismes de base.



La douleur peut être le visage de l'anxiété


Les troubles anxieux ne se manifestent pas uniquement sur le plan psychologique. Ils ont des répercussions physiques mesurables et documentées. Une méta-analyse publiée en 2025 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews a analysé les données de 25 études comparant le seuil de douleur entre des personnes souffrant de troubles anxieux et des sujets sains. Le résultat est clair : les patients atteints de troubles anxieux présentent un seuil nociceptif significativement plus bas, ce qui signifie qu'ils perçoivent et ressentent la douleur plus intensément que les personnes sans anxiété (Scaini et al., 2025).


En consultation, cela se traduit concrètement : des douleurs musculaires diffuses, des céphalées récurrentes, des tensions cervicales rebelles, ou des douleurs abdominales sans étiologie organique. Autant de signaux qui méritent qu'on regarde au-delà du tissu.

Ce n'est ni "dans la tête", ni une invention. La douleur est réelle, ressentie, véritable ! Mais son déclencheur, lui, est parfois dû à de l'anxiété.



Une relation dans les deux sens


Ce qui rend ce sujet particulièrement important en pratique clinique, c'est que la relation entre douleur et anxiété n'est pas à sens unique.

L'anxiété peut amplifier la perception douloureuse : c'est bien établi. Mais la douleur persistante, elle aussi, peut installer ou aggraver un état anxieux. Un patient qui souffre depuis plusieurs semaines sans explication, qui voit ses activités se réduire, qui perd confiance dans son corps : il entre progressivement dans un état de vigilance et d'anticipation qui alimente à son tour la douleur.

C'est un cercle vicieux bien documenté. Et c'est précisément ce qui rend ces situations si difficiles à traiter si on ne les aborde que sur un seul plan.



Ce que le cerveau nous apprend


La science n'en est plus aux hypothèses. Les mécanismes neurobiologiques de ce lien sont aujourd'hui identifiables en imagerie.

Une étude publiée en 2025 dans l'International Journal of Neuropsychopharmacology par Moisieienko et al. a mis en évidence, via la tomographie par émission de positrons, que le niveau d'anxiété est positivement corrélé à la sensibilité douloureuse, et que cette relation passe notamment par des modifications de la densité synaptique dans des régions cérébrales impliquées dans le traitement de la douleur et des émotions, comme le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal dorsolatéral.

En d'autres termes : l'anxiété modifie physiquement la façon dont le cerveau traite les signaux douloureux. Ce n'est pas une fragilité psychologique. C'est de la neurobiologie. On comprend mieux, d'ailleurs, pourquoi stimuler le nerf vague — ce régulateur clé du système nerveux autonome — peut avoir un effet bénéfique sur l'anxiété comme sur la perception de la douleur.


Cette réalité change la manière dont je regarde certains tableaux cliniques avec des douleurs persistantes ou très aigües Un patient en état d'anxiété chronique n'a pas un seuil de tolérance "bas" forcément parce qu'il présente une lésion. C'est plutôt son système nerveux central qui réagit différemment, comme si le "son" était mis à fond.



Ce que cela change en pratique


Reconnaître ce lien ne signifie pas se substituer au psychologue ou au psychiatre. En tant que kiné ou ostéo, notre rôle reste de traiter le corps. Mais intégrer l'anxiété ou le stress ressenti à notre évaluation peut changer la qualité de notre prise en charge sur plusieurs points.


Premièrement, cela évite de surinvestir la cause mécanique. 

Quand une douleur est diffuse, fluctuante, et ne répond pas aux traitements habituels, insister sur une explication purement structurelle peut renforcer la catastrophisation chez le patient. Ouvrir l'espace à une autre lecture peut, à lui seul, être thérapeutique.


Deuxièmement, cela permet d'orienter plus justement. 

Identifier une composante anxieuse significative, c'est pouvoir collaborer avec d'autres professionnels : psychologue, médecin généraliste, professionnel du bien-être. La prise en charge devient pluridisciplinaire, et souvent plus efficace.


Troisièmement, cela enrichit le dialogue avec le patient. 

Expliquer à quelqu'un que sa douleur est réelle, qu'elle n'est pas inventée, mais qu'elle est peut-être amplifiée par un état de tension intérieure qu'il n'avait pas nommé : c'est souvent libérateur. Cette parole libérée par le patient participe ainsi à l'alliance thérapeutique et à l'élaboration d'une prise en charge véritablement biopsychosociale.


Des outils pour objectiver, pas pour étiqueter


Une fois qu'on suspecte une composante anxieuse, encore faut-il pouvoir l'évaluer avec un minimum de rigueur. Dans ma pratique j'utilise souvent le questionnaire HADS car il est très complet, mais deux autres questionnaires, plus courts peuvent suffire en cabinet : le GAD-2 et le GAD-7. Le premier, avec deux questions seulement, sert de filtre rapide. Le second permet d'estimer la sévérité des symptômes et de suivre leur évolution dans le temps.

Ces outils ne posent pas de diagnostic. Ils ouvrent une conversation, donnent un point de repère objectif, et permettent de décider si une orientation complémentaire est pertinente.

Dans la même logique, le niveau de stress perçu peut être mesuré grâce au questionnaire PSS-10 validé scientifiquement, un outil utilisé par de nombreux professionnels de santé comme point de départ d'une discussion sur l'état général du patient. Si vous hésitez entre le PSS et l'échelle HADS selon le profil de votre patient, un article les compare en détail pour vous aider à choisir l'outil le plus adapté.



Et concrètement, que peut faire le patient ?


Mon rôle ne s'arrête pas à la séance. Entre deux rendez-vous, le patient est seul avec ses sensations, ses anticipations, ses ruminations. Or, il existe des techniques simples et validées pour agir sur la composante anxieuse du stress et, par ricochet, sur la perception de la douleur.


La cohérence cardiaque est celle que je recommande le plus souvent. Elle ne nécessite aucun matériel, peut se pratiquer n'importe où, et ses effets sur le système nerveux autonome sont bien documentés : réduction du cortisol, activation du système parasympathique, baisse de la perception douloureuse à moyen terme.

En pratique, la méthode 365 — 3 fois par jour, 6 respirations par minute, 5 minutes — est le format de référence, simple à mémoriser et à tenir sur la durée.

Pour ceux qui ne savent pas par où commencer, de nombreuses applications gratuites permettent d'être guidé pas à pas.

L'application Handflow m'a simplifié la vie dans la prise en charge de mes patients car elle est complète et qu'elle a été conçue pour améliorer le coaching du patient.

Elle permet d'objectiver l'état de stress grâce au questionnaire PSS-10, elle propose des sessions de respiration guidée adaptées au profil de l'utilisateur et à son état de stress et enfin elle permet d'accéder à de nombreuses ressources éducatives sur le stress, l'anxiété, leurs impacts sur notre santé et bien évidemment aussi de nombreuses ressources sur la cohérence cardiaque. Et surtout, elle est totalement anonymisée, sans collecte de données et sans compte à créer.

Je précise qu'il ne s'agit pas d'un traitement, mais c'est un outil d'autonomisation, complémentaire à une prise en charge professionnelle, dont le but principal est d'améliorer la régularité de la pratique de la cohérence cardiaque.


Pour conclure


La prochaine fois qu'un patient vous dit "j'ai mal partout, mais on ne trouve rien", je vous invite à vous poser une question : est-ce que cet état douloureux ne pourrait pas être lié à de l'anxiété et ne serait-il pas judicieux de l'évaluer ?

Vous n'avez pas à tout gérer. Mais nommer la piste, l'explorer, en parler avec le patient : c'est déjà une forme de soin.

La douleur inexpliquée mérite une attention complexe. Et la complexité, dans notre métier, c'est ce qui nous rend vraiment utiles.


Geoffrey Delas est kinésithérapeute et ostéopathe. Il est fondateur d'Acces Formation et co-fondateur de Handflow, une application gratuite de gestion du stress disponible sur App Store et Google Play.

Cet article est rédigé à titre informatif et ne se substitue pas à un avis médical ou à une consultation avec un professionnel de santé.



Sources scientifiques :

  • Scaini S. et al. (2025). Altered pain perception and nociceptive thresholds in major depression and anxiety disorders: A meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 169, 106014. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2025.106014

  • Moisieienko K. et al. (2025). Exploring the influence of synaptic density and anxiety on pain perception: evidence from a [11C]UCB-J positron emission tomography imaging study. International Journal of Neuropsychopharmacology, 28(7), pyaf040. https://doi.org/10.1093/ijnp/pyaf040

  • Aaron R.V. et al. (2025). Prevalence of Depression and Anxiety Among Adults With Chronic Pain: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Network Open, 8(3), e250268. https://doi.org/10.1001/jamanetworkopen.2025.0268

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